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Exposition collective au retaurant d’entreprise Rhodia, Péage-de-Roussillon, 2005
Résidence Moly Sabata de la Fondation Albert Gleizes
(commissariat artistique : Jean-Claude Guillaumon), 2004


Séance de gymnastique oculaire par Trân Diep Quang-Tri

À la manière d’un peintre paysagiste, Yann Lévy sillonne les environs de la Fondation Albert Gleizes, à la recherche du motif. Sur le porte-bagages de sa bicyclette, un étrange pied d’appareil photographique -un assemblage de bois en forme de parapluie réduit à l’état d’esquisse- de son invention fait fonction de chevalet.

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Ses toiles transparentes tiennent littéralement dans la poche, bien pliées au carré dans leur enveloppe : les supports utilisés par Yann Lévy pour apposer ses dessins sont en fait des capuches de protection capillaire anti-pluie en plastique. Que la matière soit transparente et lui permette de croquer in situ les architectures visualisées est somme toute ordinaire dans son usage «décalcographique». En revanche, que ce même matériau autorise une surface courbe – en forme de serre pour couver et faire éclore les tracés légèrement colorés des esquisses de bâtiments industriels atteste d’une vision artistique singulière. Les images bidimensionnelles révélées au travers et sous couvert d’un fond en forme de dôme, jouent d’une manière saisissante avec l’effet stéréoscopique que peut procurer une vision simultanée du proche et du lointain. Et, comme pour accentuer davantage les formes en relief, Yann Lévy alterne naturellement le rouge et le bleu,le vert et le noir pour rehausser ses dessins. La toile en forme de capuche a par ailleurs une autre fonction pour le peintre­photographe, celle de l’abri, propice aux guetteurs et autres chasseurs d’images. Semblable à ces derniers, Yann Lévy a besoin de permis pour dresser son état des lieux des usines ciblées. Il dit s’être fait expulser de ses champs d’études par des vigiles en mal de viriles empoignades. Les autorisations dûment signées par quelque dircom hargneux évitent à Yann Lévy ces contacts un peu trop directs avec le personnel para-entreprise.
Revenus à l’atelier, les dessins sont retendus sur des armatures identiques à celle, pliable, de l’étrange lutrin, et s’imposent comme une vaste cartographie de la France industrielle.
Sans légende, chaque architecture aux lignes légèrement en tremblé s’éloigne dès lors qu’on doit coller son nez contre la paroi de la cagoule pour en suivre les contours.
Le champ visuel volontairement réduit qui donne accès à ses «encres» explicite la phénoménologie de la perception artistique chez Yann  Lévy : la tridimensionnalité du monde n’est perceptible qu’à la condition de pouvoir en saisir tous les contours volumétriques. Or, ce qui se présente à l’œil et se forme sous le trait dessiné sans artifice technique est nécessairement plat. Restituer la totalité formelle de la chose existante ne peut se réaliser sans la convergence en un seul mouvement perceptif du tout et de la partie. En cela, les dessins du chasseur d’images industrielles feraient le bonheur d’un orthoptiste chargé de rééduquer en les musclant les nerfs optiques d’un patient au regard divergent. D’ailleurs, les traits nervurés qui irriguent les paysages de Yann Lévy forgent le spectateur à une discipline visuelle.
Pour une gymnastique oculaire hissée au rang des Beaux-arts.


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