→On est d’dans


Exposition personnelle aux Échanges Culturels Bullukian, Lyon


On est d’dans
 

Texte de Walter Tintignac
Qu’est-ce que je fiche ici ?
Il y a des jours comme ça. Sans vraiment savoir comment, on s’est retrouvé disons, en short et sandales au mauvais endroit. À ce repas chic. Chez le coiffeur, une chose étrange sur la tête. À un mariage. Chez soi. Au lit peut-être. Mais on a la mémoire courte. Or, se poser la question, c’est souvent juste une façon de ne pas y répondre. Trop nébuleuse. Dangereuse peut-être.
Qu’est-ce que vous faites là ?
Curieux comme c’est différent. Une gardienne d’immeuble vous fait les gros yeux, un type dans son jardin, quelqu’un dans sa salle de bain (dans son lit, vraiment ?), n’importe qui, mais si durant une seconde on se sent tourner les talons, c’est que la part reptilienne ne réagit qu’aux crocs qu’on voit dans l’ombre.
Il y a des endroits où c’est mieux d’aller, et d’autres non. Evidemment.
Tiens…
Passe pour la baignoire de la voisine –quoique- mais tout le privatif sur lequel on fonde une société humaine possède une attraction particulière et de solides mécanismes de défense. Et puis les banques et les centrales nucléaires, notre propre cuisine à des heures indues, mais qu’est-ce que tu fais là à cette heure ? (Vous avez soif, ou quelque chose vous turlupine ?). Essayez d’entrer dans une usine, pour voir. C’est beau, une usine. C’est tentant. Oui, c’est beau, mais c’est privé. Passez un portail en zone résidentielle, et un monstre vous dévore un mollet.

On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans
  • On est d’dans

Et puis qu’est-ce que vous fichez là ? Au fait.
Il y a que les périphéries sont charmantes, qu’on est voyeur, qu’on a encore parfois besoin d’un autre, et qu’entre Pandore, Eve et Barbe Bleue, l’inconscient collectif a préservé certaines zones d’ombres accessibles aux initiés, voire aux dieux seuls. Alors, chacun ses petits secrets. Voilà ce que vous fichez là, vous avez le goût des mystères, comme à dix ans.
Imaginons répondre qu’on passait par là et qu’on a trouvé le coin très intéressant. De la personne dans sa baignoire, la réaction est incertaine. Mais les autres. Soyons clair, personne n’ouvre sa porte en grand parce qu’il vous trouve bonne mine, et il y a des intérêts vampiriques. Cependant, à ces gens qui se défient du curieux il ne déplait pas toujours de savoir par quelle foutue raison vous les trouvez si passionnants. Et si c’était pour une bonne raison ?
On mythifie ce qu’on ne voit pas. Autant dire que Yann Lévy tape dans le mille. Le post-industriel a des épopées à sigles, OCDE, et ses vaillants soldats, les OS et les autres, ses résistants dans une ère différente. Tout ça suppose de la mélancolie peut-être bon, c’est beaucoup de silence aussi, en suspens, comme une respiration – paradoxe un peu magique du colosse en apesanteur.
Pas très glamour, l’usine, ni très people. Consommable en un sens, mais certains digèrent mal le dévidement de la bobine, le drap sur les grands meubles, la fin des grandes manufactures. C’est d’eux dont il s’agit. Alors il entre à l’usine, lui, et il montre.
Il est curieux ce curieux-là. Le jeu complexe de la représentation renvoie toujours à celui qui regarde, on ignore comment. On entre chez les gens comme dans un temple, à cause du Mystère Sacré de la distance, et on attend beaucoup de ce lent pas de deux silencieux, mais le regard et tous les autres sens tendus vers ce qu’on est venu voir, on éprouve peut-être, tout juste, à peine, le grésillement crépusculaire de la première des deux questions.

 
Visualisé le livre présenté dans l’exposition


Les commentaires sont fermés.