→Habitus


Exposition personnelle Ricochets centre d’art de Viviers, 2003
Résidence et exposition personnelle aux Subsistances, Lyon, 2002


Habitus
 
Voile et contour par Catherine Obinu

«Il faut [...] s’appliquer à ce tracé des contours et pour l’obtenir parfaitement, je crois qu’on ne peut rien trouver de plus pratique que ce voile que j’ai l’habitude d’appeler «intersecteur» et dont le premier j’ai inventé l’usage. Il est fait de cette manière : c’est un voile de fils très fins, tissé lâche, [...] tendu sur un cadre. Je le place entre le corps à représenter et l’oeil, de façon que la pyramide visuelle pénètre à travers les jours du voile. Cette intersection du voile offre de nombreux avantages, d’abord parce qu’elle présente toujours les mêmes surfaces immobiles puisque, après avoir placé tes repères, tu retrouve aussitôt la même pointe de la pyramide qu’auparavant, ce qui est très difficile à obtenir sans l’intersecteur.»
(Alberti, De la peinture, 1535).

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Alberti notait sur le voile le visible. Il décrivait son sujet de manière quasi mécanique afin de rendre la stricte vérité tout en éloignant les traces de la pensée. Le processus qu’à mis en place Yann Lévy est le même. Son intersecteur est un plastique transparent. Devant cet écran, le sujet installé, puis reproduit, fut d’abord des lignes croisées de vêtements étendus sur de fils comme s’ils venaient d’être lavés. Ensuite, Yann Lévy a repassé un à un les vêtements. Puis, il les a réexposés, ouverts et droits, à l’intersecteur. On peut reconnaître dix-sept effets. Du moins au plus intime, se sont révélés chemises, jupes, robes, pantalons, débardeurs, chaussettes, caleçon, culottes et soutiens-gorge. Revenons à cette métamorphose : méconnaissable et pendu sur un fil, le vêtement a été déplié puis aplati. Il a regagné pour ainsi dire une forme mais devenu plat celui-ci n’offre plus que son contour, ses lignes. Enveloppes vides et plates appellent alors un manque : «le corps à représenter». Saint Barthélemy a qui on avait ôté la peau, la portait pliée sous son bras comme un manteau. Cette peau isolée fut alors le prétexte pour les arts à toutes les déformations des traits humains. Mais traité comme pure surface, l’homme n’était plus. D’un autre côté, on utilisa le corps décharné pour représenter les premiers écorchés qui servirent de modèles dans les Académies. Dés lors, le corps de Barthélemy ne se retrouva plus dans son entier. L’écorché servit à l’enseignement de l’anatomie ou le savoir représenter justement les volumes. La peau permit aux artistes d’explorer la ligne et la surface. Il semblerait que c’est la partie qu’a choisie Yann Lévy.

Sur le plastique, les contours achevés ont subi une autre opération de calque. Posé à même le plastique, un voile tendu a reçu un second dessin plus épuré. Le voile comme un tamis a retenu ce qu’il y avait de plus précieux.

En accolant ensuite ce voile a du papier blanc, le dessinateur procéda à une seconde opération de filtrage. Sur le tissu posé sur le papier, il est revenu avec de la peinture sur les lignes désormais réduites à l’essentiel. Puis, le détachement du voile et du papier a provoqué l’éclatement de la ligne en multitude de points séparés. La peinture restée sur le papier n’est plus que celle qui a traversé les mailles du tissu. Ainsi, nous sommes passés du volume à la surface, de la surface à la ligne, de la ligne au point. Avec l’aide du voile, Alberti n’exigeait «pas du peintre un travail infini, mais [attendait] qu’une peinture semble en relief et qu’elle ressemble le plus possible aux corps réels». Pour Habitus, le voile a servi à une désagrégation et peut être à la disparition du corps.

Les voiles et les papiers sont exposés dans l’espace. Témoins de la désubstanciation, ils font face au mot «SOLDES» décliné selon ses anagrammes du désespoir.


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