Yann Lévy



La peinture sera chez moi utilisée comme un outil d’observation,
d’appréhension de ce qui nous environne.
Il me faut partir de sensations : sensations de l’étendue, du vide entre
les choses, de ce qui peut les tenir. Des corpus de pièces seront alors
constitués, par étapes successives, comme autant de filtres, prélevant à
chaque fois ce que j’aurai pu juger d’essentiel.
Je suis allé sur le motif afin de me confronter physiquement à la chose
vue et observée, voulant m’assurer de la réalité, ou tout du moins de la
réalité de mon point de vue, nourri d’interrogations et rempli d’envie de
savoir.
Un sujet sera alors ciblé et un maximum de points de vue en sera
démultiplié. À la recherche d’indices, je mène une enquête autour/
dans le sujet mis en question. Ainsi, à force de répétitions, couches
accumulées, lentes opacifications du support, changement de point de vue,
je m’attacherai à reconstruire avec obstination du regard (amener l’oeil à
retourner voir, encore, et dans tous les sens). Les travaux que je propose
ne sont pas lisibles dans l’immédiateté, mais jouent du déplacement et du
temps des regards.
J’ai exploré des productions, plus ou moins visibles, tangibles de
l’industrie (chimie, extraction minière…). Embrassant d’un même oeil
personnes et environnements des sites fréquentés, le devenir des produits
(leur circulation, transformation, traces, contenants) ainsi que ma
propre place -ma subjectivité-. Peu à peu, je semble élaborer de vastes
cartographies d’un monde gazeux, rongé, tremblant, ouvert, suspendu,
fragmenté, sans limite.

 


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